Les lacs du Néouvielle
Joyaux des Pyrénées

Galan est situé à proximité des lacs pyrénéens qui passent pour être parmi les plus beaux. En effet, les massifs proches du Néouvielle et de l'Arbizon où ils se trouvent sont constitués de roches granitiques particulièrement dures et imperméables. L'EDF mérite un bon point : certains lacs ont été surélevés pour augmenter leur capacité et on s'accorde à dire que les barrages édifiés à cet effet n'ont pas dégradé le paysage. La densité de lacs est exceptionnelle et constitue la réserve d'eau de la région.


Le lac d'Orédon

C'est là que se termine la route à 1852m d'altitude. Cinquante cinq hectares dans un écrin de sapins et de pins à crochets* dominé par les 3092 mètres du majestueux Néouvielle. L'endroit rêvé pour faire de la montagne facile, sans danger dans un site magnifique préservé par la Réserve Nationale du Néouvielle. L'EDF en construisant ses barrages a facilité le tourisme en construisant la route Fabian-Orédon-Cap de long. A chaque tournant on découvre une vue nouvelle : cascade, forêt, pic.

*Une étude intéressante a été faite sur le pin à crochets par Claude Dendaletche dans son ouvrage "Les Pyrénées, la vie sauvage en montagne et celle des hommes", éd. Delachaux et Niestlé.
Cet arbre d'une longévité étonnante fournit sa pitance au bec-croisé, oiseau dont le bec est tel qu'il se livre à l'extirpation facile de l'amande de la graine du pin. Les années où les pins sont bien fournis en graines entraînent la reproduction des becs-fins en hiver ou au tout début du printemps, ce qui est rare.


Carte des lacs

Les lacs d'Aumar, d'Aubert, les Laquettes
Nous avons la chance à Galan de les avoir tout près. Après Saint-Lary, on continue la route vers l'Espagne sur 9km. À Fabian, on tourne à droite et après 10km. d'une jolie route longeant la Neste de Couplan construite par EDF dans les années 50, et laissant à gauche la montée vers Cap de long, on se trouve au parking d'Orédon à 1852m. d'altitude. L'été, la route s'arrête là, le reste du temps on peut aller en voiture jusqu'au lac d'Aumar à 2182m. d'altitude. Les amateurs s'accordent à dire que le paysage est l'un des plus beaux des Pyrénées, et davantage encore si on a le courage de s'y trouver au lever du soleil...

Lac d'Auber.
Profondeur 44m, altitude 2148m.
  Lac d'Aumar.
Profondeur 23m, altitude 2200m.

Le Parc National.
Vous vous trouvez dans le périmètre du Parc National, ce qui implique une certaine discipline. Interdiction de cueillir des fleurs, de laisser traîner des papiers, de pêcher, de chasser, de prélever des petits animaux, etc. Les panneaux sur ce sujet sont explicites.
Vous pourrez y voir des fleurs rares et propres à la région, en particulier la Ramondia, le lys des Pyrénées, le lys Martagon si joliment chantées par Edmond Duplan, notre poète de la Bigorre :

Le lis des Pyrénées La ramondia * La digitale pourpre **

Ma Bigorre
...
Discrète et violette à la fois,
La Ramondia des Pyrénées,
Comme l'anémone sauvage,
Cherche la fraîcheur des rochers
Mais, sur la digitale pourpre
Et l'orgueilleux lis martagon,
Butinent les folles abeilles
Et fleurtinent les papillons.
...
Edmond Duplan

* "Ramondia" vient de Ramond de Carbonnières, secrétaire du Cardinal de Rohan, qui fit découvrir le Pyrénéisme, la mode des Pyrénées, alors que les Alpes avaient été lancées vingt ans plus tôt par Jean-Jacques Rousseau avec "La Nouvelle Héloïse". Savant(?) et écrivain, il fit connaître les Pyrénées au début des années 1800 dans "Observations faites dans les Pyrénées" et "Voyages au Mont Perdu".
Pour les mordus en botanique, "Cette plante soulève un curieux problème de géographie botanique, elle est le représentant Pyrénéen d'une famille, celle des gesnériacées-cyrtandrées, dont toutes les espèces habitent les régions tropicales à l'exception de deux que nos trouvons dans les Balkans. D'où vient notre Ramondia des Pyrénées ? Par quel phénomène de disjonction la famille tropicale des gesnériacées-cyrtandrées a-t-elle trois représentants en Europe ? Tel est le difficile problème que l'on a pu encore résoudre de façon satisfaisante"
[Extrait de la Revue des Pyrénées du 1er trimestre 1906]
.
Après un siècle, cet ardu problème est-il résolu ?

** La digitale, une occasion de citer un joli extrait manuscrit des Illuminations de Rimbaud :

D'un gradin d'or, - parmi les cordons de soie, les gazes grises, les velours verts, et les disques de cristal qui noircissent comme du bronze au soleil, - je vois la digitale s'ouvrir sur un tapis de filigranes d'argent, d'yeux et de chevelures. ...
Les Illuminations. Fleurs.

Une petite promenade facile consiste à continuer sur la route qui longe le lac d'Aumar sur la gauche et redescendre sur le lac d'Aubert à 2148m. d'altitude.
Là, prendre le sentier qui longe le lac et qui aboutit aux Laquettes, longer les trois laquettes, puis reprendre le chemin presque horizontal qui rejoint la route des lacs. Impossible de se perdre.
Autre promenade facile mais un peu plus longue : depuis le parking d'Aubert, passez sur le barrage du lac et suivez le chemin balisé rouge-blanc-rouge. En choisissant la direction plein sud vous arrivez à un petit col à 2465m. d'altitude, le Pas du Gat, d'où on peut voir le lac de Cap de long et les lacs du Néouvielle. En continuant, vous tomberiez sur le barrage de Cap de Long.


Le lac de Cap de Long

Le lac de Cap de Long.
Profondeur 56m en 1895, altitude 2200m.

C'est un lac artificiel créé par le barrage du même nom, altitude 2160 m.
C'est tout droit !
La route de Cap de Long.
- Cap de long, s'il vous plaît ?
- C'est tout droit !
La construction du barrage en 1953 - d'une certaine hardiesse technique : voûte de 100m. de haut emmagasinant 67 millions de m3 - attrista les esprits chagrins qui étaient contre l'édification d'un barrage dans un tel site. Pourtant, il a belle allure, ce barrage, et pour moi en tous cas, il n'altère pas le paysage : sa masse en impose, il est à l'échelle des montagnes auxquelles il s'intègre. L'EDF alimente la centrale de Pragnères par un réseau de canalisations traversant la montagne. On peut faire le tour du lac, mais il faut 4 bonnes heures et il vaut mieux avoir une expérience de la montagne.
L'endroit est le point de départ de plusieurs ascensions de sommets de plus de 3000m. : Pic Long, Pic d'Estaragne, Campbieil qui domine la station de sports d'hiver de Piau-Engaly, Pic Badet.


Le Lac de l'Oule.

C'est un réservoir artificiel de 7 millions de m3 créé sur un marais. Le barrage projeté dès 1910 pour produire l'électricité destinée à alimenter le tronçon de chemin de fer Montréjeau-Pau, a été construit en 1923, hauteur 45m, altitude 1820m, longueur 120m. Comme le Lac de Cap de Long, il s'inscrit bien dans le paysage : «Il s'ajuste si bien aux rochers et à la forêt, qu'on ne distingue plus, en dehors de la digue, le naturel de l'humain »*.
Lac facile d'accès et poissonneux. On prend la route de Fabian à Cap de Long et on laisse la voiture après 5km. Un sentier conduit au lac en moins d'1h½. Le tour du lac est une jolie promenade de 4km. On peut rejoindre en une heure les quatre Lacs de Bastan dont les eaux alimentent l'Oule par un torrent. L'endroit est riche en excursions faciles à faire qui conduisent à de véritables belvédères.
On peut aussi accéder au Lac de l'Oule par les pistes de la station de ski de Saint-Lary. On prend en voiture la route de Saint-Lary qu'on quitte 500 mètres avant l'épingle à cheveux d'Espiaube pour emprunter à droite la route du Col du Portet. Attention cette route a été construite sans autorisations officielles et théoriquement n'est pas ouverte à la circulation; se renseigner pour savoir si elle n'est pas fermée. Après une dizaine de kilomètres de lacets pour gravir la montagne qui fait face au Pla d'Adet, vous passez sous un tunnel et 500 m. plus loin vous garez votre voiture, vous êtes au Col du Portet (2215 m. d'altitude) d'où il y a une jolie vue en particulier sur le Néouvielle. De là il suffit de descendre le vallon où se trouve la longue piste de la station de sports d'hiver de Saint-Lary et on découvre en contrebas le Lac de l'Oule magnifique, encadré de forêts et de pics. Il faut une petite heure depuis le Col de Portet.

Nota : Les valeurs des profondeurs des lacs sont extraites de l'article "Sur quelques lacs des Alpes, de l'Aubrac et des Pyrénées" de M. A. Delebecque, La Revue des Pyrénées, tome VII, 1895, 2ème livraison. Comptes-rendus de l'Académie des Sciences, Paris, 7 janvier 1895.

*Les Pyrénées centrales d'Andrée Martignon et Jean Fourcassié, Alpina Ed. 1946.


Le rôle des lacs dans l'économie locale et nationale
[Source "La revue des Pyrénées" 1910, tome XXII]

L'ère terciaire nous a été néfaste : c'est alors que la Neste qui, comme l'Adour, se dirigeait plein ouest à sa sortie de la Vallée d'Aure a vu son cours dévié vers l'est pour alimenter la Garonne, cela à cause du soulèvement du Plateau de Lannemezan. Le nord de cette région fut de ce fait privé d'eau. Dès le XVIIIe siècle, on s'ingénia à mettre en valeur notre piémont, zone peuplée, à vocation essentiellement agricole, vouée à l'élevage, en développant les canaux d'irrigation. C'est ainsi que, dès le second empire, l'Adour fut alimenté par le lac Bleu au prix de prouesses techniques étonnantes pour l'époque. Le canal de la Neste fut une réalisation modèle décrite ainsi en 1856 par Joseph-Bertrand Abadie, de Sarrancolin : "C'est à Sarrancolin qu'est la source du canal d'irrigation du Plateau de Lannemezan, si utile à la prospérité de l'agriculture de cette partie du département. Les Romains avaient eu l'idée d'un travail plus gigantesque en dirigeant sur le plateau le travail de toute la Neste, pour de là les conduire à Bordeaux par les hauteurs et en faire un canal de navigation". Pour alimenter ce canal, des lacs furent créés au fil des ans, ou aménagés, ou agrandis par la surélévation de barrages existants. Ainsi naquirent Orédon, Caillaouas, l'Oule, Aumar, Aubert et Capdelong. La Compagnie d'Aménagement des Coteaux de Gascogne fut créée en 1959 pour alimenter en eau de la Neste notre département et les départements limitrophes. Un chroniqueur de 1910 cite "...les réserves inépuisables [de la Vallée d'Aure], dont l'industrie et l'agriculture peuvent et doivent profiter. L'éminent ingénieur Michellier l'avait compris il y a plus de 20 ans [nous sommes en 1910]. Ce fut sous son impulsion et sous ses ordres qu'un premier captage eut lieu, celui du lac d'Orrédon [sic], qui donne un million de mètres cubes d'eau. En 1892 on commençait - et on achevait en 1898 - celui du lac de caillaouas; puis on capta le lac d'Aumar, on construisit le réservoir de Cap-de-Long et enfin depuis 1907, on exécute celui du lac d'Aubert.
Parallèlement, la production en énergie hydroélectrique fut considérablement accrue dès 1920 et surtout après la dernière guerre alimentant les usines du Plateau (Société des Produits Azotés, plus tard Péchiney) et le réseau national. Le même chroniqueur cite le chemin de fer comme gros consommateur d'énergie du fait de la naissance de la traction électrique. L'électrification du tronçon Pau-Montréjau nécessitera l'utilisation de la chute d'Eget, "un lac artificiel de six millions de mètres cubes sera créé sur l'emplacement du marais de l'Oule par un barrage de 120 mètres sur trente de hauteur. Un canal de cinq kilomètres de longueur, tracé à flanc de montagne à une altitude de 1750 mètres, amènera les eaux de l'émissaire du lac. La hauteur de chute sera de 750 mètres".
Les Pyrénées avec leurs nombreux lacs permettent, par l'effet du stockage, une grande souplesse d'exploitation : des pompes travaillent aux heures creuses, les lacs se vident aux heures de pointe. Cet aménagement s'est fait au prix de travaux audacieux et considérables qui, il faut le noter, n'ont pas défiguré la nature. Au contraire des routes pittoresques ont été construites permettant d'accéder à des barrages splendides. D'ailleurs, citons encore Paul Guth, il est lyrique :


...Elle froisse sa robe de sirène au fond des gorges de Pierrefitte, du Pont Napoléon, de Sia, où elle semble appeler ses amants pour de mystérieuses étreintes.
Elle irrigue et fertilise les vallées de rêve verdoyant et de jeune soleil d'Azun, d'Argelès, de Luz, de Gèdre, de Campan, d'Aure, du Louron, de la Barousse, paysages d'idylles et de bergeries idéales, pareils aux acadiens des songes.
L'eau s'enchâsse en émeraudes géantes et en saphirs liquides dans les lacs de Gaube, de la Glère, d'Escoubous, d'Aumar, d'Auber, d'Orédon, qui dans leurs coupes rocheuses, font songer à quelques enchantements de magicien.
Elle s'entasse et se muscle de trésors d'énergie dans les réservoirs d'Esraubé et de Cap de Long qui actionne les turbines de l'Électricité de France et dont les barrages, murs cyclopéens des temps modernes évoquent, au pied des pics, une architecture de géants...
Paul Guth, "Au fil de l'eau dans les Pyrénées"


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